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| | [nouvelle] Un amour empoisonné | |
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Roshieru Team

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| Sujet: [nouvelle] Un amour empoisonné Mar 3 Juin - 13:47 | |
| Cette nouvelle (voire novela, vu la longueur du texte à ce jour) de fantasy (avec un peu de Boys Love) fait partie d'un projet de recueil que je compte envoyer par la suite à un éditeur. Ce sera la seule que je mettrai en ligne sur deux forums de mon choix, afin d'avoir des avis. Pour le moment, je ne poste que les 17 premières pages word. La suite viendra en temps et en heure.
Pour expliquer un peu le principe du recueil, les nouvelles tournent autour de différents personnages clefs (notamment Lam et Ishtireg) et développent des aspects de leur personnalité. Dans celle qui nous occupe, Un amour empoisonné, le lecteur découvre la vie d'Ishtireg, présenté dans la nouvelle qui précède comme un méchant pervers et sadique (il n'est d'ailleurs qu'un personnage secondaire). Au départ, ces personnages proviennent d'une série de romans que j'avais écrit entre 13 et 16 ans. Mais comme le style laisse profondément à désirer et que je n'ai pas encore eu le courage de tout corriger réécrire, j'ai opté pour ce type de nouvelles, qui permet d'explorer l'univers que j'ai créé sans la contrainte du roman.
Comme j'ai tout de même conscience que certains éléments de la nouvelle pourraient être difficile à comprendre sans avoir les autres textes du recueil, n'hésitez pas à poser des questions si un point vous paraît confus. Ca me permettra de savoir si c'est parce que vous n'avez pas pu lire le reste ou si c'est moi qui suis réellement confuse dans ce passage. Et si vous avez d'autres questions, comme la prononciation d'un nom...
Je suis désolée si le texte paraît dense mais les retraits que je fais sous word n'apparaissent pas sur le forum.
Un amour empoisonné
A la lueur des bougies, la plume d’Ishtireg courait rapidement sur le papier, esquissant un visage féminin avec une précision qui aurait fait pâlir d’envie les meilleurs peintres. Dehors, la pluie ruisselait le long du toit en tuiles d’ivoires du château et le plongeait dans une nostalgie mélancolique qui ne lui était pas coutumière. Il ne pleuvait quasiment jamais à Phel’jyr mais, lorsque cela se produisait, rien ne pouvait empêcher les égouts de la capitale de déborder. Ishtireg, qui avait grandi dans une région partagée entre marais et fleuves fertiles, souffrait du climat sec de l’île. Il n’avait jamais compris pourquoi Cirius, leur roi mégalomaniaque, avait tenu à bâtir sa capitale dans un endroit aussi inhospitalier. Un désert, aride, couronné par endroit de montagnes escarpées… Phel’jyr avait poussé, en quelques années et milliers d’esclaves sacrifiés, et dressait à présent ses tours blanches au centre de l’île. Elle était aveuglante sous le soleil et le soleil abondait dans ce fichu pays. Bon sang, ils étaient des vampires et il n’y avait rien qu’ils ne détestaient plus que le soleil. Seul Cirius, le premier d’entre eux, pouvait résister à ses rayons. Autrefois, son corps lui aurait permis de supporter la canicule de Phel’jyr. Ses ancêtres avaient mêlé leur sang aux dragons et la chaleur était tout ce qu’ils appréciaient. A présent que l’essence des vampires courrait dans ses veines, il peinait à supporter les plus fortes températures. S’il avait trouvé les hivers de son pays d’origine trop rigoureux, désormais il les regrettait amèrement. Ishtireg soupira et trempa sa plume dans l’encre, puis poursuivit son dessin. Il n’y avait pas que la pluie qui le rendait mélancolique. Le son d’un luth lui parvenait et les airs tristes ne faisaient que renforcer sa langueur. Derrière lui, son serviteur, un jeune elfe qu’il avait pris sous sa protection voilà longtemps, faisait le lit avec soin et dans le plus grand silence. Avec les années, il avait appris à craindre son maître, dont la cruauté et la perversité n’était pas qu’une rumeur lancée par les bardes. « Iarleth, sers-moi du vin, » ordonna Ishtireg sans interrompre son activité. Le serviteur se redressa et son regard passa de la carafe à son maître qui ne relevait pas le nez de sa liasse de papier. Devenu vampire, Ishtireg n’avait jamais abandonné son goût pour les plaisirs des mortels. Il buvait plus que de raison et devenait un peu plus vicieux encore lorsqu’il était saoul. Pourtant, Iarleth éprouvait de l’affection pour son maître, peut-être parce que les souvenirs de sa propre famille étaient flous et qu’il lui semblait n’avoir connu que lui. Peut-être parce qu’il devinait les fêlures dans le cœur desséché du vampire, celles qu’il gardait précieusement cachées. Alors qu’il lui tendait la coupe, Ishtireg n’esquissa pas un geste. Il semblait avoir déjà oublié sa demande et, par là même, la présence de Iarleth. L’elfe hésita un instant, ne sachant s’il devait interrompre Ishtireg et risquer sa colère ou ne pas le faire et subir sa colère bien plus tard, lorsqu’il se souviendrait de cet ordre inaccompli. « Maître, souffla prudemment Iarleth. » Ishtireg releva la tête et fixa le visage fin de son serviteur avec un haussement de sourcil, puis baissa les yeux sur la coupe. Le liquide rouge comme le sang dégageait un fort parfum fruité. Ishtireg but le verre d’une traite et le reposa dans la main tendue de Iarleth. Hors de la chambre, le luth entama un nouvel air et l’expression du vampire changea du tout au tout pour afficher une immense contrariété. « Maître ? l’interrogea timidement Iarleth alors qu’il se relevait brutalement et renversait le pot d’encre sur le dessin. — Ce maudit elfe noir le fait exprès, gronda-t-il tout en sortant de la chambre. » Iarleth, soucieux, le suivit jusqu’au jardin intérieur. Bien que le plafond fut ouvert, la pluie roulait sur un mur invisible et aucune goutte n’avait mouillé les pavés des allés. Entre deux massifs fleuris, Lam, l’un des autres enfants de Cirius, était assis sur un banc de pierre et agitait ses doigts sur les cordes du luth. Bien qu’ayant entendu Ishtireg arriver par ses pas furieux sur les pavés, il ne bougea pas d’un muscle et continua de jouer sa mélopée, la tête penchée sur son instrument. Qui ne le connaissait pas l’aurait cru inconscient de ne pas fuir à l’approche du démon, tant son allure était androgyne et sa peau pâle comme la neige, mais Lam était un puissant magicien, bien plus puissant que ne l’étaient Ishtireg ou le roi Cirius. Ses yeux, lorsqu’il les posait sur les fous qui osaient le défier, avaient de quoi glacer les sangs : leurs iris étaient entièrement noirs, si bien que rien ne les distinguait de la pupille. Nul ne savait si c’était la conséquence de sa transformation en vampire ou de la magie noire. L’apparence d’Ishtireg était non-moins étrange, avec ses yeux rouges, sa peau aux écailles grisâtres et ses cornes dépassant de ses cheveux, mais il évoquait un démon exotique et sauvage, là où Lam inspirait la terreur de l’homme capable de soumettre n’importe quel démon d’un simple mot. « Lam, cesse cette chanson ou je t’arrache la tête, fit Ishtireg dans un sifflement menaçant. — Qu’y a-t-il avec cette chanson ? demanda Lam d’un ton faussement innocent. — Tu sais très bien ce qu’il y a. » Sans attendre que Lam obtempère, Ishtireg lui arracha le luth des mains et le jeta par terre. Le bois craqua et les cordes se cassèrent. Derrière lui, Iarleth porta les mains à ses lèvres et tressaillit. Lam était un homme juste, contrairement à ce qu’aurait pu laisser croire son goût pour la nécromancie, mais il ne fallait jamais, ô grand jamais, susciter sa colère. Pourtant, l’elfe noir adressa un regard calme à Ishtireg alors qu’il posait ses mains désormais vides sur ses cuisses. « Les années passent mais tu restes toujours impulsif, Ishtireg. — Maître, nous devrions y aller, supplia Iarleth qui craignait les querelles quotidiennes des deux vampires. — Tu devrais écouter ton serviteur. Il a plus de jugeote que toi. — Ferme là, sale efféminé. » Provocateur, Lam glissa la main dans ses longs cheveux noirs et esquissa un sourire coquin. « Tu ne me trouvais pas efféminé lorsque je te faisais… » Ishtireg ne lui laissa le temps de finir sa phrase, car il venait de le saisir à la gorge pour l’étrangler : geste inutile envers un vampire qui n’avait guère besoin de respirer. Lam, se rembrunissant, saisit l’homme dragon par les avants-bras pour le repousser mais tous deux étaient de force égale – en dépit de leur différence de musculature –. Iarleth, dans l’espoir de calmer l’excès de rage d’Ishtireg, commit l’erreur de s’en mêler. En sentant une autre main se poser sur son bras, Ishtireg agit par impulsion et relâcha Lam pour se retourner et le frapper vivement. Iarleth n’était qu’un mortel et n’avait aucunement la stature d’un guerrier : la gifle l’expédia à terre, sonné, le nez en sang. « Ishtireg, tu n’es qu’une brute ! » Lam s’était levé pour rejoindre le jeune elfe et l’aider à s’asseoir. S’il éprouvait de la sympathie pour lui, ce n’était pas parce que tous deux étaient d’espèces cousines : les elfes noirs étaient depuis longtemps rejetés par les autres ethnies elfiques et en guerre contre les plus fanatiques d’entre elles. Il ne supportait tout simplement pas que l’on s’en prenne aux plus faibles, surtout s’ils n’avaient rien fait pour le mériter. Iarleth recouvrait peu à peu ses esprits et Lam, d’un air soucieux, épongeait avec sa propre manche le sang qui coulait de son nez. Debout juste à côté d’eux, Ishtireg considéra la scène avec une expression fugitive de regret, puis il partit soudainement avec un soupir agacé. Lam posa la main sur la joue de Iarleth et une douce chaleur envahit l’elfe alors que la magie le guérissait. « Tu n’a pas de chance d’avoir Ishtireg pour maître, s’attrista Lam. Si tu le voulais, je pourrais te prendre à mon service. — Je suis honoré par votre proposition, balbutia un Iarleth, gêné d’être source d’inquiétude pour un puissant seigneur vampire. Mais mon maître a besoin de moi. — Ta fidélité est tout à ton honneur mais un jour il te tuera dans ses excès de colère. » Iarleth baissa la tête. Il aurait voulu prendre la défense d’Ishtireg mais n’osait pas contredire Lam et le contrarier. « Tout est de ma faute, ajouta Lam en se relevant. J’étais trop occupé à le provoquer. — Non, en tant que serviteur, je n’aurais pas du intervenir dans votre discussion. — Les elfes de l’occident, toujours aussi poli, s’amusa le sorcier. Si vos cousins d’orient, qui grouillent à nos frontières, prenaient exemple sur vous, nous serions moins souvent en guerre. » Pensif, Lam tourna la tête là où se trouvait le Nord-Est. Voilà des années qu’il n’avait plus mis les pieds dans son pays natal, Loudelka. Lorsque Cirius avait conquis l’Orient, comme beaucoup d’autres elfes noirs, il l’avait suivi dans sa traversée de l’océan vers l’Occident et l’avait aidé dans sa guerre contre le continent de Thryl. L’armée de Cirius n’était non pas constituée de vampires mais de tous ceux rejetés par les soit-disant dieux du bien et leurs peuples serviteurs. Leur avancée avait été facile durant des mois mais ils avaient été finalement vaincu et chassé vers le Sud, où ils s’étaient établis après avoir annexé un à un les royaumes de l’archipel d’Ebane. L’empire qui était né sur leurs cendres continuaient d’entretenir des rapports fraternels avec Loudelka, redevenu entre temps un royaume indépendant, mais Lam se demandait s’il y retournerait un jour, tant ses obligations ici étaient nombreuses. Ils n’avaient de nouvelles de sa famille que par lettre et, malgré la rapidité des navires loudelkiens, elles lui parvenaient avec plusieurs semaines de retard. Ses méditations furent interrompues lorsque Iarleth, qui s’était levé à son tour, osa parler. « Pourquoi mon maître était-il si en colère ? — Ah, s’exclama Lam avec un brin de mystère. Cet air lui rappelle des souvenirs. — Il ne me parle jamais de son passé mais j’ai entendu ce que les autres disent sur lui… Il aurait assassiné ses parents pour devenir roi et aurait restauré le culte interdit de Thénos, le dieu du mal. » Lam se tourna vers lui d’un air grave et Iarleth se mordit la lèvre inférieure, craignant d’avoir trop parlé et, au choix, d’avoir trahi son maître par indiscrétion ou offensé Lam. Les elfes noirs et les hommes dragons de la lignée des ténèbres ne partageaient-ils pas le même dieu maléfique ? Lisant l’angoisse sur le visage du jeune elfe, Lam esquissa un sourire et retourna s’asseoir sur le banc tout en l’entraînant à ses côtés. « Certains actes horribles peuvent se justifier lorsque ceux que vous aimez fomentent votre mort. Il y a bien des choses sur lesquelles je ne suis pas d’accord avec Ishtireg mais nous accordons la même valeur à la vengeance. » Le regard de Lam se fit triste durant quelques secondes. Iarleth se demanda si lui aussi avait déjà assassiné quelqu’un pour se venger mais n’osa pas demander, devinant par instinct que l’elfe noir mettrait sans aucun doute un terme à leur conversation. « Alors, il les a vraiment empoisonné ? C’était ses parents, tout de même… — Oui, mais tu commences par la fin de l’histoire. La cruauté d’Ishtireg n’est pas innée, vois-tu ? Mais une prophétie, écrite bien avant sa naissance, annonçait qu’un prince tuerait sa propre famille et mettrait fin à trois siècles d’hégémonie religieuse par les prêtres de Rin. Ishtireg le fit mais parce que les gens qui l’entouraient se sont mis à croire à la véracité de cette prophétie. Ce n’est que la conséquence de leurs propres actes. » |
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| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Mar 3 Juin - 13:49 | |
| Ω
Assis dans un fauteuil, les jambes pendantes dans le vide, l’enfant tournait sagement les pages d’un gros livre posé sur ses genoux. Une odeur de moisi et de poussière s’échappait de l’ouvrage dont l’encre jaunie avait perdu de son intensité, rendant le texte illisible par endroit. A première vue, l’enfant paraissait humain. Ses cheveux jais étaient attachés par un ruban et seuls ses vêtements, couvrant ses membres fins, montraient qu’il s’agissait bien d’un individu de sexe masculin. Ils témoignaient aussi de sa noble condition. Les fines étoffes avaient des reflets verts chatoyants et étaient douces sur la peau. Dans la pièce voisine, des éclats de voix éclatèrent, troublant le calme des lieux où seul le craquement des pages se faisait entendre. L’enfant, sachant que l’on parlait de lui, tendit l’oreille et releva le nez de sa lecture. L’inquiétude apparut dans ses prunelles rouge comme le sang. S’il ne percevait que quelques brides, il savait très bien ce dont il était question. Il baissa les yeux sur sa propre main et détailla ses doigts délicats. Sa peau, à la lueur des bougies, brillaient d’une curieuse façon, comme celle des serpents. Elle était formée d’écailles dont la teinte variait entre le blanc et le noir, passant par un gris livide. Ce n’était pas la source de sa crainte car, au sein du royaume, chaque individu était semblable à lui. Il se demandait simplement si ses mains étaient réellement capable de faire ce dont on l’accusait et qui avait fait naître en lui une culpabilité pour des actes qu’il n’avait même pas encore commis. Lorsque sa mère, en pleur, fit irruption dans la pièce pour le serrer contre sa poitrine, il se laissa faire docilement, bien plus la consoler que pour chercher un quelconque réconfort. Ses cheveux, aussi noirs que les siens, sentaient le lys. Il ferma les yeux à demi et se laissa bercer. Si son père les voyait, il reprocherait à Eshtaria son amour fusionnel et à lui d’agir comme un nouveau-né, ce qui était indigne d’un prince. « Que ces prêtres soient maudits, gronda la reine. Ils ne cessent de vouloir me convaincre du pire mais moi je sais que tu ne feras jamais rien de mal, Ishtireg. » Il hocha la tête, puis s’écarta en souriant. Ce n’était qu’une façade. Son cœur, qui aurait du être insouciant à son âge, était serré par de sombres questions. Il regrettait l’époque où il n’était pas capable de comprendre l’attitude négative des gens envers lui. Il n’avait aucun ami parmi les enfants des nobles de cour, car ils n’osaient pas l’approcher. Ils le croyaient possédé par le mal, comme le prétendaient leurs parents et les prêtres de Rin. Quant aux adultes, soit ils le craignaient, comme les serviteurs ou ses professeurs, soit ils le haïssaient, comme les prêtres. Au sein de sa famille proche, seuls ses parents l’aimaient, mais son père se montrait déjà plus distant que sa mère. Contrairement à la reine, il n’était pas dans sa nature de se laisser aller à l’affection, tant et si bien qu’Ishtireg était incapable d’agir avec familiarité et n’avait jamais cessé de le vouvoyer. Si le roi était si froid, était-ce à cause des mauvaises augures des prêtres ? A les écouter, Eshtaria avait eu tort de donner naissance à Ishtireg, alors que le couple royal avait tenté durant des années d’avoir un enfant ! Il était leur unique héritier. Sans lui, seul le cousin d’Ishtireg, Kyren, pourrait succéder. Hors, il était de l’eau, de par son père, et jamais un homme dragon n’avait gouverné un autre royaume que celui de sa propre lignée. Les hommes dragons étaient profondément xénophobes. Ils considéraient les autres espèces comme inférieures et, à quelques exceptions près, se méfiaient de leurs propres cousins. S’ils supportaient d’avoir des relations avec les autres lignées, il leur était impensable d’être gouverné par un sang différent du leur. Pour la lignée des ténèbres, une telle situation était d’autant plus intolérable. Trois cents ans plus tôt, à l’issu de la guerre de religion qui avait enflammée tout Yesterald, ils avaient été soumis par leurs frères et forcés à abandonner leurs traditions, religion incluse. Bien que tous étaient à présent adorateurs du dieu Rin et des déités qui lui étaient affiliées, ils conservaient rancune de l’humiliation engendrée par la défaite. Trois siècles de propagande des prêtres de Rin n’avaient pas suffit à effacer cette rancœur viscérale. Pourtant, en dépit de cette xénophobie profondément enracinée, tous préféraient Kyren à Ishtireg pour la succession, ne serait-ce que « par prudence ». Pour lui comme pour ses parents, il s’agissait sans doute de la pire des injures.
L’été approchait et Ishtireg jouait seul dans le grand jardin du palais. Jouer était peut-être un terme un peu excessif. N’ayant rien de mieux à faire, il restait assis sur un banc et envoyait une balle d’osier tressé à son animal familier. C’était un félin aux longues oreilles, au pelage noir tacheté de doré et à la queue terminée par un plumeau de poil or. Sa mère lui avait offert pour ses cinq ans en lui disant qu’il s’agissait d’un animal rare provenant du continent natal des elfes, Siruto, de l’autre côté de l’océan. Les détails n’avaient que peu d’importance pour le jeune Ishtireg qui avait été aussitôt émerveillé par l’animal au poil soyeux. Cinq ans après, Eguth – c’était le nom du félin – restait son seul compagnon. L’animal ne le jugeait pas et lui portait un amour indéfectible. L’enfant était persuadé qu’Eguth le comprenait lorsqu’il lui confiait tout ce qu’il avait sur le cœur. Alors que le félin rapportait la balle pour la énième fois sans montrer un seul signe de lassitude, un fracas fit sursauter le jeune prince. Les cliquetis des armures de plaques des gardes et leurs cris résonnaient dans le palais et se rapprochaient. Eguth, apeuré, les poils hérissés, prit la poudre d’escampette dans l’un des massifs de buissons. Ishtireg, tout aussi inquiet, se leva du banc, prêt à se cacher à son tour. Avant même d’avoir pu esquisser un geste, un garçon de son âge surgit au détour d’une allée et s’élança dans sa direction. Ishtireg resta paralysé de stupeur, car cet enfant ne ressemblait à rien de ce qu’il connaissait. Sa peau était couleur chair, dénuée d’écailles, et ses cheveux étaient noirs mêlés de mèches argentées. Un humain, pensa-t-il alors qu’il se remémorait les dessins de ses livres. C’était certainement après lui que les gardes vociféraient. Un étranger avait pénétré dans le palais. Un étranger… Ishtireg voulut donner l’alerte mais le garçon était déjà sur lui. Il l’agrippa par le poignet et l’entraîna à sa suite à l’intérieur d’un groupe d’arbustes touffus. Le cri qui s’échappait des lèvres d’Ishtireg fut rapidement étouffé par la main glacée qui se posait sur ses lèvres. Le prince agrandit les yeux de terreur. Son kidnappeur le tenait étroitement serré contre lui, dans un étau qu’il n’aurait jamais la force de briser, et couvrait ses lèvres pour le retenir de prévenir la garde. Il entendit les soldats passer à proximité, piétinant l’herbe et les fleurs tout en proférant des jurons au sujet du démon qu’ils pourchassaient, puis s’éloigner sans se douter que leur proie se trouvait juste à côté d’eux. « Ne crie pas. Je ne te ferais pas de mal, murmura le garçon à son oreille tout en le libérant doucement. » Sitôt qu’il en eut la possibilité, Ishtireg recula, son dos heurtant le tronc d’un des arbustes et les branches lui griffant la peau. Agenouillé en face de lui, ses longs cheveux cascadant sur ses épaules et son souffle irrégulier soulevant sa poitrine, l’autre enfant le considérait de ses yeux dorés, reptiliens. Il était vêtu comme un vagabond, pieds nus, mais ce qui surprenait le plus Ishtireg, c’était le sang noir qui s’échappait de sa blessure au bras. Celle-ci commençait déjà à cicatriser. Ishtireg n’avait jamais vu d’humain mais il savait qu’ils avaient le sang aussi rouge que le leur. Leurs yeux n’avaient pas non plus cet aspect. Le garçon se souvint des imprécations des gardes, hurlant au démon. Terreur et fascination s’emparèrent de lui. « Qui es-tu ? parvint-il à demander en tremblant de tous ses membres. — Virgile, répondit l’autre garçon en l’observant avec curiosité. — T-tu es un démon ? — Un noble m’a invoqué dans l’espoir que je l’aide à accomplir ses ambitions mais les prêtres, qui le soupçonnaient depuis longtemps de magie noire, l’ont surpris. J’ai fui mais ils sont tenaces. » Ishtireg jeta des regards apeurés autour de lui : il était en compagnie d’un démon mais les gardes étaient déjà bien trop loin pour qu’ils puissent les avertir. Il allait le tuer pour s’enfuir, c’était certain. Comme s’il devinait ses pensées, la créature parla de nouveau : « Si tu me livres à eux, ils me tueront. Je tiens à ma vie et tu comprendras que je ne peux te laisser faire. » Ishtireg se dit qu’il aurait du crier tant que la garde était encore là. A présent, il était à sa merci. « Il y a une autre alternative. Si tu me sauves, je serais obligé de te servir jusqu’à ta mort. Tes ennemis seront les miens. Ils ne connaîtront pas la paix tant que tu m’auras à tes côtés. — Je ne peux pas… De toute façon, je n’ai pas d’ennemis. — Tandis que les prêtres pensaient me retenir dans une simple cage, je les ai entendu parler de toi, prince Ishtireg. Le noble qui m’a invoqué était un être stupide, pervers et cupide, mais te servir serait un grand honneur. » Le démon s’approcha à quatre pattes et posa ses mains sur les genoux repliés d’Ishtireg. Si sa peur n’avait pas encore disparu, il se sentait intrigué par le démon, ses yeux dorés de dragon et ses cheveux d’un noir argent. « Ils craignent cette prophétie, tu sais ? — Mes parents me protégent. — Pas devant les dieux, Rin et toute sa clique de tyrans, soupira Virgile devant un Ishtireg choqué d’entendre ainsi parler des divinités qu’il adorait. Je n’adore qu’un seul dieu, Thénos, car il m’a aimé alors que les autres me rejetaient. — N-n’invoque pas son nom à la légère. C’est un blasphème. » Un rire moqueur échappa à Virgile et il se recula, assis, les mains posées à même le sol et les jambes croisées. « Un jour, je suis certain que tu changeras d’avis. » Ishtireg ne répondit pas. Le démon semblait avoir son âge mais, au fur et à mesure qu’il parlait, il était à peu près certain que ce qu’il voyait n’était qu’une illusion et qu’il avait affaire à une créature bien plus vieille que lui, et peut-être même plus vieille que ses parents. « Ne veux-tu pas partir, comme si tu ne m’avais jamais vu ? supplia Ishtireg. » Virgile ne répondit pas et un sourire enfantin éclaira son visage. Il saisit à nouveau la main d’Ishtireg et l’entraîna en dehors des buissons. Le pauvre prince n’osait pas résister, de peur de le contrarier. Il ignorait ce dont Virgile serait capable une fois en colère. Pourtant, il savait que les choses tourneraient mal s’ils étaient surpris par quelqu’un. « Veux-tu voir quelque chose d’amusant ? — Non. Je veux que tu t’en ailles, s’il te plait. — Je connais la magie. Je pourrais t’enseigner des tours. — Non, seul les prêtres ont le droit de l’apprendre. Ce serait un blasphème… protesta Ishtireg. » Virgile lui lâcha la main pour se planter devant lui, les poings sur les hanches. « Tu ne fais donc jamais rien d’interdit ? Pourquoi te craignent-ils tant, avec leur prophétie à la noix ? Tu es pétri jusqu’à l’os des enseignements de Rin. Tout ce qu’ils te disent, tu le respectes. » Ishtireg ne savait pourquoi mais il s’en sentit presque honteux et baissa la tête. « C’est parce que ma mère serait triste, je pense… — Les oracles devaient vraiment être drogués lorsqu’ils ont écrit cette prophétie. Ton cœur est si pur que tu n’as aucun désir qui sorte de l’ordinaire. Tu es… tu es ennuyeux ! C’est pour cela que les autres enfants ne jouent pas avec toi. Ils ont peur de cet ennui que tu incarnes. » Ishtireg fut incapable de répliquer durant un long moment, puis se mit à parler d’une faible voix : « En fait... Un prince est censé protéger son pays, n’est ce pas ? — Il se sacrifierait pour lui, s’il le fallait. — Il dirigerait une armée, n’est ce pas ? Et il se battrait lorsqu’il le faudrait. » Virgile, qui s’était assis entre-temps sur le banc, acquiesça. « Les autres garçons apprennent à se battre mais on ne m’a jamais laissé toucher une arme. Comment pourrais-je protéger qui que ce soit, ou même me protéger moi ? — Ahah ! s’écria Virgile, victorieux. On dirait donc que je peux te montrer quelque chose qui ne soit pas un blasphème à tes yeux. C’est décidé, je ferais de toi le meilleur guerrier de ce royaume. — Comment ? Ni mes parents, ni les prêtres ne le permettront. — — Ils ne sont pas obligés de le savoir. Et quand bien même, en tant que prince, tu as de nombreux privilèges. Y compris d’accueillir un étranger, qu’importe son espèce, dans ton palais. Ni les prêtres, ni tes parents ne pourraient te l’interdire, car c’est inscrit dans vos lois. — Non… protesta encore Ishtireg. Je ne veux rien avoir à faire avec toi. » Il savait ce que le démon était en train de manigancer. Maintenant qu’il connaissait l’un de ses souhaits, il essayait de le tenter pour l’attirer sur une mauvaise pente. « C’est trop tard. Tu ne m’as pas dénoncé aux gardes, donc je suis obligé de te servir. — Tu m’as empêché d’avertir les gardes ! s’empressa de corriger Ishtireg. Tu n’as pas à me servir ! — Je te servirai, un point c’est tout. C’est moi le démon. Alors je sais ce que je fais. » Virgile lui attrapa la main et la serra contre la sienne en souriant. « Je suis sûr que nous allons devenir les meilleurs amis du monde. — Jamais ! Lâche moi et… et retourne aux enfers ! Si tu es mon serviteur, obéis ! — Mon éthique m’interdit d’obéir à un ordre déraisonnable. » |
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| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Mar 3 Juin - 13:49 | |
| En dépit de toutes les plaintes d’Ishtireg, Virgile refusa de partir. Lorsque le jeune prince se trouvait seul dans sa chambre, il ne fallait que quelques minutes avant que le démon n’entre par la fenêtre pour l’assommer de paroles. Ishtireg lui avait ordonné de partir, il n’avait pas obéi et, lorsqu’il lui avait demandé de se taire, la créature s’était plongée dans le silence pour mieux le regarder fixement. Jour après jour, Ishtireg se sentait un peu plus mal à l’aise. Lorsqu’il tentait de lire, il sentait le regard du démon posé sur lui. Le plus simple aurait été de parler de son problème aux prêtres mais, pour une raison ou une autre, il ne parvenait pas à dénoncer Virgile. Etait-ce parce qu’il avait l’air d’un enfant ? Ou bien parce qu’il ne lui avait pas fait réellement de mal jusqu’à présent ? Un soir, Ishtireg n’y tint plus. « Arrête de me fixer comme ça et dis quelque chose ! s’écria-t-il en refermant brutalement son livre. — Je n’ai jamais eu un maître aussi têtu. — Et je n’ai jamais entendu parler d’un démon aussi acharné. Que veux-tu de moi, à la fin ? » Virgile, qui était jusqu’à présent assis sur le rebord de la fenêtre, sauta dans la chambre et s’approcha d’Ishtireg, installé dans un fauteuil. « Je veux que mon maître soit un bon prince, car tel est son désir. Mais il refuse de me faire confiance. Je pourrais être son ami, car je suis la seule personne de son entourage à ne pas craindre la prophétie, mais il rejette mon amitié. — Tu es un démon. Comment pourrais-je te faire confiance ou même être ton ami ? — En as-tu envie ? » Ishtireg fut désarçonné par la question. Il repoussait Virgile car il était différent de lui et, plus encore, parce qu’il était un démon. C’était ainsi qu’il avait été éduqué et il n’avait pas cherché à envisager les choses autrement. Pourtant, que souhaitait-il vraiment, au fond de lui-même ? Plus les jours passaient, moins Virgile l’effrayait. Malgré tout ce qu’on lui avait enseigné, il attisait sa curiosité. De quoi avait-il peur, au juste ? Du démon lui-même ou d’être découvert s’il se liait avec lui ? Etait-ce pour cela qu’il n’avait pas osé révéler sa présence ? « Je ne sais pas… Peut-être, finit par répondre Ishtireg en serrant le livre contre lui. — Alors cesse de te torturer inutilement. Ce sera notre secret. » Un secret… Ishtireg n’avait jamais partagé aucun secret avec quelqu’un. Il céda, comme l’aurait fait n’importe quel enfant solitaire, et la nature même de Virgile devint rapidement secondaire à ses yeux. Alors que les jours et les semaines passaient, Ishtireg laissa son désir d’apprendre s’exprimer. A la faveur de la nuit, le démon l’emmenait dans les jardins du palais et lui présentait les armes qu’il avait subtilisé dans l’armurerie. Ils s’entraînaient alors tous deux et, bien que les progrès d’Ishtireg furent lents, le garçon se sentait enfin comme un véritable prince. Grâce à Virgile, il saurait défendre son peuple lorsque le moment viendrait. La curiosité d’Ishtireg ne s’arrêtait pas uniquement à la science des armes. Il prit rapidement conscience que Virgile en savait long sur les peuples étrangers et qu’il avait là une occasion d’en apprendre plus sur le monde extérieur. Il avait conscience que son attitude était étrange et que ses parents l’auraient sans aucun doute blâmé pour cela. Etait-ce à cause de Virgile s’il commençait à manifester autant d’intérêt pour les autres cultures ? Ce dont il était sûr, du haut de son jeune âge, c’était qu’un prince ne pouvait protéger son pays sans en savoir plus sur les royaumes qui l’entouraient.
« La quasi totalité de Thryl est peuplée d’espèces humaines ou semi-humaines, expliqua un jour Virgile alors qu’ils étaient tous deux allongés sur le lit du prince. Tout au Nord, dans des étendues glacées, il y a Nordrodorlyft, où habite un peuple humain qui passe son temps à la guerre et à honorer les dieux de la nature ; des loups, des ours ou des tigres. Plus au Sud, il y a une enclave elfique – en fait, d’anciens immigrés de Siruto qui se sont établis là depuis des siècles – et qui mêlent fréquemment leur sang aux humains de Sacsa, un vaste empire voisin qui s’étend des côtes Est de Thryl au bord du désert du Rilft, à l’Ouest. — Notre royaume est juste aux frontières de la Sacsa mais nous n’avons aucun lien avec eux. Comment est la Sacsa ? J’ai entendu dire que leur roi avait unifié, voilà des années, les royaumes des humains barbares. — Oui, Ilstérald. Il a fait de grandes choses pour son empire. Sa fille unique, Faith, lui succèdera peut-être. Mais une fois mariée, son époux deviendra roi et elle n’aura plus aucune autorité sur les affaires de l’empire. Tu sais, les hommes humains ont tendance à traiter les femmes comme des inférieures. Par exemple, elles ne peuvent avoir qu’un seul mari mais eux s’autorisent des aventures au nom de leur virilité. » Ishtireg fut choqué. Si les femmes de leur peuple ne participaient que rarement aux combats, elles avaient part égale dans les affaires politiques. Jamais il ne lui serait venu à l’esprit de considérer sa mère comme inférieure à lui. Qui plus est, il ne comprenait pas ce traitement unilatéral de l’adultère. Le mariage existait chez les hommes dragons mais hommes comme femmes avaient souvent des aventures avec les personnes de leur goût. Personne ne les en aurait blâmé. C’était aussi naturel que de manger. « Ils sont si barbares… — Vraiment ? Pourtant, comme tous les peuples soumis à Rin, tu n’accepterais pas un seul instant que deux personnes du même sexe aient des relations. — Mais… C’est normal. — Evidemment. Comme il est normal pour les sacsiens qu’une femme soit inférieure à un homme. Les textes de Rin sont clairs à ce propos, pourtant ton espèce ne respecte pas cette loi. Il ne viendrait pas à l’esprit de ceux de l’eau, de la terre et de toutes les autres lignées de rabaisser les femmes. Votre foi en Rin est moins extrême que celle d’autres peuples. Cela ne veut pas dire que vous avez raison en tout. — Je ne comprends pas. — A Siruto, il existe deux grands pays : Loudelka et l’Ynildor. Ils sont en guerre constante. Les loudelkiens – des elfes noirs – sont le seul peuple à ne pas avoir été soumis après la défaite des armées des dieux que vous qualifiez de maléfiques. Ils ne sont pas parfaits mais, dans leur pays, chacun est libre d’aimer et d’avoir la religion de son choix. Les ynildoriens, voués corps et âme à Rin, ne peuvent supporter que leurs voisins aient une vision différente de la leur… Mais les elfes noirs sont puissants comme l’était ton peuple autrefois et rien ne saurait les ébranler. Dis moi, Ishtireg, dans quel contrée préférerais-tu vivre ? Loudelka ou l’Ynildor ? » Le front d’Ishtireg se plissa alors qu’il réfléchissait. « Les elfes noirs sont des nécromanciens, non ? Ils peuvent ranimer les morts, créer des êtres vivants à partir de rien et faire des tas d’autres choses horribles… Je préférerais vivre en Ynildor. » Virgile poussa un soupir. « Je ne peux attendre qu’un enfant élevé dans un monde en noir et blanc puisse envisager le gris. — Ce qui veut dire ? fit Ishtireg, piqué au vif. — Pour toi, les elfes noirs, les démons et les semi-démons issus de relations avec des mortels sont des serviteurs du mal. Pour nous, le panthéon de Rin incarne la privation du libre-arbitre et une entrave au progrès. Ils sont cruels et avides de pouvoir sur les mortels mais comme eux et leurs serviteurs écrivent l’Histoire, nul ne le sait. » Ishtireg se leva du lit, fâché. « Cesse de dire de pareilles énormités ! » Le prince sursauta lorsque la porte de la chambre s’ouvrit mais Virgile, rapide comme l’éclair, avait déjà bondit sur le bord de la fenêtre et plongé dans le vide. Un puissant battement d’ailes se fit entendre alors que Eshtaria entrait. Les écailles de son visage étaient plus claires qu’à l’habitude, signe que quelque chose l’angoissait. Ishtireg, nerveux même si le démon était déjà parti, se redressa pour s’asseoir sur le lit. « Dis moi que les rumeurs sont fausses, s’exclama la reine d’une voix tremblante. — Quelles rumeurs ? l’interrogea Ishtireg avec une crainte qu’il peinait à dissimuler. — Il y a de cela quelques semaines, un baron a convoqué un démon – par Rin, un incube, qui plus est –. Le baron a été puni mais le démon a réussi à fuir. » Le corps mince d’Eshtaria fut ébranlé par un tremblement d’horreur et le cœur d’Ishtireg se mit à battre plus vite. « Des gardes, des serviteurs, prétendent l’avoir vu roder certaines nuits sous la forme d’un enfant. Des armes disparaissent puis reviennent à leur place quelques jours plus tard. Tous sont persuadés que quelqu’un a accordé sa protection au démon et que cette personne, c’est toi. » Ishtireg aurait voulu mentir mais l’idée de tromper sa mère bien-aimée lui brisait le cœur. Incapable de simuler, il se contenta de baisser la tête avec un sentiment de honte. Il avait cru pouvoir cacher Virgile mais un sous de jugeote l’aurait aidé à comprendre que c’était tâche impossible et qu’il finirait par être découvert. « Tu as vraiment fait cela ? Mais pourquoi ? s’écria Eshtaria d’un ton alarmé. — Ils voulaient le tuer, se défendit Ishtireg qui n’osa pas parler du fait que Virgile l’aurait sans doute lui-même tué s’il l’avait trahi. Et il ne m’a jamais fait de mal. — Un démon est un démon ! S’il ne s’agissait que d’un humain, d’un elfe ou d’une quelconque espèce inférieure, je fermerais les yeux mais, là, tu dépasses les bornes ! » Pour la première fois de sa vie, Ishtireg ressentit de la colère pour sa mère. Il se leva, les poings serrés, le menton bas mais les yeux rivés sur elle. « J’ai le droit de l’avoir à mon service si je le désire. C’est écrit dans nos lois, soutint Ishitreg, furieux. — Cette loi ne s’applique pas aux démons ! — J’ai vérifié, rien ne le dit ! J’ai le droit d’avoir sous ma protection des individus d’une autre race. Les démons sont une autre race. Virgile est mon serviteur : il ne fera de mal à personne car je le lui interdis et un démon doit obéir à son maître jusqu’à la mort de celui-ci. — Quand bien même… — Il est à présent mon maître d’armes. Il m’apprendra tout ce qu’un prince doit savoir pour protéger son peuple, ce que personne n’a voulu m’enseigner jusque là. Tu ne peux me le reprocher. » Eshtaria, dépassée par les raisonnements de son fils, se laissa tomber dans le fauteuil le plus proche et porta la main à son front avec un profond soupir. « Ce n’est pas cela, Ishtireg. Si tu gardes ce démon avec toi, les prêtres de Rin s’en serviront comme prétexte. Ils prétendront que c’est un signe avant-coureur. — Qu’ils prétendent, je leur démontrerai le contraire. » Voyant le profond désespoir de sa mère, Ishtireg s’approcha d’elle et s’agenouilla à ses pieds pour lui prendre la main. Sa fureur avait disparu. La reine ne voulait que le bien de son fils. Même si Ishtireg était persuadé d’avoir raison, il comprenait ses craintes. « J’ai dix ans et je ne sais rien de ce qu’un prince devrait connaître, poursuivit-il plus calmement. Certaines choses m’échappent encore mais je sais que les prêtres cherchent à m’écarter. Si tu n’as fait venir aucun professeur pour m’apprendre à me battre, ce n’est pas parce que tu as peur que je dois blessé, comme tu le prétendais, mais parce qu’ils te l’ont ordonné. — Ces prêtres me rendront folles. Non contents de me répéter chaque jour que mon unique enfant est maléfique, ils veulent me priver de la joie de le savoir un jour roi. Ton père ne fait rien pour les y aider mais n’agit pas non plus en ta faveur. » L’abattement d’Estaria s’évanouit soudainement et elle se leva en prenant une grande inspiration. S’il n’avait pas s’agit de son fils, elle aurait sûrement eu honte de s’être laissé aller ainsi. Ce n’était pas digne d’une reine. Pensive, elle se dirigea aux abords de la fenêtre et considéra le paysage extérieur. Par delà les tours du château et les remparts de la ville, on pouvait apercevoir le large fleuve Meath dont le limon avait permis le développement de l’agriculture. En des temps lointains où ils ne connaissaient ni les noms de Thénos et de Rin, les hommes dragons l’avaient révéré comme un dieu. A l’époque, disait-on, son lit hébergeait les restes d’un dragon de l’ancien temps, régnant sur le monde avant que les dieux ne viennent et donnent naissance aux races bipèdes. Bien entendu, cette croyance n’avait aucun fondement… Tous savaient aujourd’hui que rien ne précédait leur naissance et que les dragons étaient nés en même temps qu’eux. « Il y a trois cents ans, nos ancêtres avaient des démons pour serviteurs. Ils honoraient Thénos, Azhling et tout une cohorte de dieux maléfiques. Ils pratiquaient des arts interdits, menant des expériences contre-nature, croyant pouvoir percer les secrets du monde avec la magie et la science. Tu sais ce qui s’ensuivit. Notre monde entra en guerre. Le bien vainquit, grâce au héros Reg’feyr qui détruisit le dieu Azhling lui-même. Mais il fut tué à son tour, par des démons envoyés par Thénos. Cela n’empêcha pas notre peuple de se convertir à la parole de Rin et de ses enfants. Aujourd’hui, seuls les elfes noirs, ces barbares nécromants, résistent encore. Quant aux démons… tant qu’on ne les invoque pas, ils restent prisonniers des enfers. » Eshtaria se tourna vers Ishtireg, resté silencieux, et lui adressa un regard sévère. Elle souffrait de se montrer si dure envers son unique enfant mais savait que ce n’était que pour son bien. « Si tu protéges ce démon, cela signifie que tu acceptes l’enseignement de Thénos et que la prophétie est réelle. Malgré tout mon amour, je ne peux le permettre. — Mais, commença Ishtireg. — Dis lui bien que s’il revient, je le ferai mettre à mort, coupa-t-elle en détournant le regard. » Mortifié, le prince ne sut que répondre alors qu’il avait mille et une objection à formuler. Prenant son silence pour un assentiment contrit, Eshtaria s’approcha de lui pour déposer un baiser sur son front, puis quitta la chambre.
Couché dans le noir, Ishtireg ne savait comment résoudre cette situation. Jamais sa mère ne reviendrait sur ses positions. Elle craignait trop le clergé de Rin pour le défier. Quant à son père, il ne lui venait même pas à l’esprit de lui demander son soutien. Il ne doutait pas un seul instant de son refus. Il aurait pu ignorer la demande d’Eshtaria mais cela signifiait trahir sa confiance et risquer la vie de Virgile. Il se le refusait. Les doigts plongés dans la fourrure d’Eguth, qui dormait juste à côté de son oreiller, il ne voyait d’autres solutions que de renvoyer Virgile. Alors qu’il parvenait à cette conclusion, un bruissement à la fenêtre attira son attention. La silhouette du démon, accroupi sur le rebord, formait une tache sur le ciel étoilé. « Tu veux me congédier. — Pourquoi dis-tu cela ? demanda Ishtireg en se redressant sur le lit. — Je devine que c’est la requête qu’a formulé la reine. Tu es trop craintif pour t’y opposer. — Je t’ai défendu autant que je le pouvais mais je ne veux pas qu’ils te tuent, protesta-t-il. — Peut-être en es-tu convaincu mais, en attendant, tu les laisses gouverner ta vie. S’ils ne t’écartent pas du trône, tu deviendras leur pantin et cela me dégoûte. » Le corps de Virgile fut parcouru d’un frémissement. Ishtireg ouvrit la bouche pour se justifier encore mais le démon était déjà reparti, le battement de ses ailes ne différenciant pas de celui d’un rapace nocturne. Assis dans le noir, Ishtireg baissa la tête tout en cherchant à retenir ses larmes. Son cœur l’oppressait. Il était certain d’avoir perdu son seul ami. |
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| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Mar 3 Juin - 13:51 | |
| Peut-être pour se faire pardonner, Eshtaria fit venir le jour suivant un maître d’arme réputé, Undrath, qui se trouvait aussi être un membre de la famille du grand prêtre de Rin. Ishtireg prit immédiatement en grippe cet homme d’un certain âge, qui agissait avec brusquerie envers lui. Malgré son verni de respect, il avait compris que son professeur lui vouait une antipathie certaine. Démon ou pas, Virgile veillait à ne pas le blesser. Tout ce qu’Ishtireg récoltait de leurs entraînements, c’était quelques bleus. Il en allait autrement avec ce nouveau professeur et le prince regrettait son ami, qui n’était pas réapparu après leur dispute. Le démon l’avait sans doute abandonné, dégoûté par sa veulerie. Les semaines passèrent, puis les mois. Lorsque le vent venu du Nordrodorlyft s’engouffra dans le royaume, il amena avec lui les premières neiges et le sol, des marais aux forêts en passant par les terres fertiles, fut couvert d’un épais manteau de glace. Les hivers étaient durs pour les hommes dragons dont le corps supportait mal le froid. Personne ne sortait en dehors des jours ensoleillés et nul ne se serait risqué à un long voyage. Undrath, qui ne passait pas une journée sans rappeler ses exploits de jeunesse, jugea que le climat extérieur était parfait pour qu’Ishtireg apprenne à se défendre en milieu hostile. « Un prince ne saurait passer l’hiver calfeutré dans son donjon, à prendre des bains chauds et à se terrer sous des fourrures, clama-t-il tout en terminant d’harnacher les chevaux. » Ishtireg eut de quoi nourrir son aversion pour le maître d’arme durant quelques heures au moins. Hors du palais et de ses murailles, il reçut de plein fouet le vent glacé sur son visage. Son armure de cuir et ses vêtements de fourrures avaient beau le protéger, il avait l’impression que toutes les écailles de son corps étaient en train de geler et que la circulation de son sang ralentissait dans ses veines. Son aversion se transforma en haine et il garda ses yeux rouges rivés sur le dos d’Undrath, qui ouvrait la route. Ils traversèrent la capitale silencieuse, si l’on exceptait le martèlement des sabots de leurs chevaux sur les pavés. Des maisons bourgeoises aux plus petites mansardes, les volets étaient la plupart du temps clos et d’épais filaments de fumée s’élevaient des cheminées. Sur le parvis du temple de la déesse de l’hiver, Aidan, avait été déposé des offrandes dans l’espoir que le temps s’adoucisse dans les jours suivants. Il y avait de la viande salée et des fruits séchés durant l’été et l’automne, ainsi que des amphores d’alcool. Une discussion nocturne avec Virgile lui revint en mémoire : celui-ci avait critiqué ce gaspillage de nourriture pour les dieux et leurs prêtres. D’après lui, un dieu ne pouvait se prétendre bon s’il réclamait des plus pauvres leur dernier morceau de pain. Ishtireg s’en était offensé, disant que le dieu rendrait au centuple ce sacrifice, mais, à présent que le froid le fouettait, il songeait qu’il n’avait jamais connu le dénuement. Bien qu’il tentait de balayer cette idée de son esprit, Virgile avait peut-être raison. Une fois en dehors de la ville, ils empruntèrent l’énorme pont de pierre qui traversait le Meath. Un soleil timide apparut entre les nuages, réchauffant brièvement le visage d’Ishtireg et faisant miroiter la surface congelée du fleuve. Il accompagna leur route à travers les champs mais ne fut d’aucun réconfort lorsqu’ils pénétrèrent sous le couvert des arbres. Ishtireg, qui n’avait visité la forêt qu’aux belles saisons, jeta un regard nerveux autour de lui. Les arbres dénudés, couverts de givre et de neige, avait une allure de démons tordus. Alors qu’ils suivaient le sentier principal, il dut se baisser plusieurs fois pour éviter que leurs griffes lui touchent le visage. Constatant qu’ils s’enfonçaient de plus en plus à travers les bois, Ishtireg manifesta son inquiétude. « Jusqu’où allons nous, sire Undrath ? — Bientôt, nous aurons atteint les marais. Si vous parvenez à dominer ce terrain au combat, alors aucun autre ne pourra vous résister. Ce ne sera pas facile pour un enfant comme vous mais nous avons tout notre temps. — Oh, je vois, soupira Ishtireg. » Une ballade dans les marais en plein hiver l’enthousiasmait tout autant que de se faire arracher les dents. Il aurait encore préféré passer la journée dans le temple de Rin, à astiquer les statues pour faire preuve de son humilité tout en se faisant sermonner par les prêtres. Alors qu’ils tournaient au lacet du sentier, un craquement ne provenant pas des sabots de leurs chevaux ébranla la forêt. Au loin, un oiseau s’envola en poussant un cri perçant. Undrath avait brièvement stoppé pour scruter les alentours. « On dit qu’il y a des démons durant l’hiver dans cette forêt, se rappela Ishtireg en frissonnant. — Je crois en beaucoup de choses mais des démons ici, pouah ! J’ai parcouru cet endroit de long en large, par toutes les saisons, et je n’ai jamais rien vu de tel. Non, il s’agit sans aucun doute d’un gibier, qui a pris la fuite en nous entendant venir. Je devrais vous emmener chasser, à défaut d’avoir un champ de bataille. — Je n’ai aucun goût pour ce genre de… loisirs, rétorqua le prince, agacé par l’attitude du maître d’arme. » Undrath se contenta de ricaner et se remit en route d’un coup de talon dans les flans du cheval. Alors qu’Ishtireg le suivait tout en continuant d’examiner chaque arbre suspect, son professeur continua son bavardage. « Un jour, je suis allé jusqu’au Nordrodorlyft. C’était alors que Ilstérald cherchait à unifier les royaumes humains. Quelques hommes dragons lui avaient prêté main forte, pour des raisons trop longues à expliquer, et notre détachement avait du poursuivre des rebelles jusqu’au royaume du Nord. Quelle contrée rude. Si nous n’avions pas rencontré ces barbares, nous serions tous morts. C’est un peuple véritablement fascinant, bien qu’arriéré. Ils connaissent la parole de Rin mais préfèrent honorer leurs divinités animales et le dieu de la guerre, Stieren. Ils ne vivent que pour briller à la chasse et à la guerre. Même leurs femmes sont de dangereuses guerrières. Et j’ai vu des choses, par Rin… — J’ai entendu tant d’histoires qui attisent ma curiosité que je voudrais voyager à travers le monde, moi aussi. » Undrath, qui s’était perdu dans son propre monologue, se tourna pour observer le jeune prince à travers ses cheveux gris en bataille. « Vous avez bien mieux à faire que de parcourir Thryl comme un vulgaire mercenaire. — N’est-il pas important de connaître le monde extérieur ? Comment pourrais-je nouer des relations avec les autres races si je ne sais rien d’elle ? — Nous ne nouons pas de relations avec les autres races, gronda Undrath. — Pourtant, vous avez voyagé hors du royaume. » Le cheval du maître d’arme s’immobilisa à nouveau. « Si vous devenez roi un jour, il vous faudra agir pour le bien du peuple. Le monde extérieur n’apporte rien de nécessaire au peuple. — Vous avez peut-être voyagé mais votre vision est aussi limitée que celle des autres. » Leur querelle trouva un point final lorsqu’une flèche siffla entre eux et vint se planter juste devant les sabots de la monture d’Ishtireg. Le cheval se cabra et le garçon peina à rester en selle. Undrath cria au prince de le suivre et partit au grand galop à travers la forêt. Il était vain de tenir tête à des gens armés de flèches, surtout lorsqu’on ne savait pas où se trouvait leur position. La fuite était le seul recours. Ils parvinrent jusqu’aux abords du marais. Alors qu’Undrath avait fait ralentir son cheval pour l’engager sur la glace qui recouvrait les étendues d’eau, Ishtireg avait stoppé, se demandant si la surface gelée saurait supporter le poids de leurs montures. Il n’eut pas à se poser de questions plus longtemps. Une flèche transperça le cou de son cheval. Le pauvre animal tituba avec un cri déchirant puis s’écroula dans la neige, agonisant. Ishtireg avait juste eu le temps de sauter pour que l’une de ses jambes ne soit pas bloquée sous le poids de l’animal.
Undrath, qui avait conservé tous ses réflexes malgré l’âge, fit demi-tour avant même de savoir ce qui s’était produit. Alors que les silhouettes de leurs adversaires se dessinaient entre les arbres, il avait déjà rejoint Ishtireg, bondi en bas de son cheval et tiré son épée au clair. Il posa une main sur l’épaule du prince et le repoussa derrière lui, usant de son corps comme barrage entre lui et leurs attaquants. Les yeux d’Undrath se plissèrent alors qu’il observait l’approche de plusieurs guerriers vêtus de longues capes noires à capuche et masqués. Seul l’un d’entre eux portait un arc. Les autres tenaient des épées effilées. Tout son corps se tendit à l’imminence de l’attaque. « Arrière, chiens ! — Ecartez-vous, sire Undrath. Notre ordre est de tuer l’enfant de Thénos. Vous qui avez toujours combattu le mal, vous devez comprendre. — Je ne laisserai personne toucher à un membre de la famille royale ! — Sire Undrath, nous avons ordre de vous laisser la vie sauve mais si vous ne coopérez pas… » Undrath ne laissa pas à son interlocuteur l’opportunité de finir. Rapide comme l’éclair, il avait déjà franchi la courte distance qui le séparait de leurs cinq assaillants. L’archer décocha une flèche qui alla se planter dans le bras du maître d’arme mais cela le ralentit à peine. Il donna un coup de haut en bas de son épée, tranchant net le torse du soldat malgré l’armure qu’il portait, esquiva un autre assaillant et le tua d’un coup le long de la colonne vertébrale. Il en atteint un troisième à la gorge, perçut un mouvement du coin de l’œil et fit tournoyer sa lame, manquant de peu la tête d’un des deux derniers traîtres. Mais son autre adversaire se glissa dans son dos et le frappa, transperçant son abdomen. Le sang écarlate éclaboussa la neige et Undrath s’effondra. |
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| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Mar 3 Juin - 13:53 | |
| Les deux guerriers restants ne cherchèrent pas à l’achever et se tournèrent aussitôt vers Ishtireg qui pointait son épée dans leur direction. Il tremblait de tous ses membres mais tentaient de le cacher. Le prince savait qu’il n’était pas de taille contre ces deux hommes. Il n’était qu’un enfant et même Undrath, avec toute son expérience, avait été vaincu. Les assassins étaient bien entraînés. Il serra ses lèvres gercées et planta plus fermement ses pieds dans la neige. Lui qui avait l’esprit si doux, il songea soudainement qu’enlever la vie à l’un de ces traîtres avant d’être tué lui donnerait quelque réconfort dans l’agonie. Il étudia leur approche, chacun de leur mouvement, comme Undrath lui avait appris, afin d’évaluer le meilleur moment pour passer à l’attaque. Lorsqu’ils ne furent plus qu’à deux mètres de distance, il bondit, évitant de justesse leurs lames, frappant de toutes ses forces l’un des deux hommes, qui leva son avant-bras protégé par une plaque de métal. La pièce d’armure absorba le coup mais se déforma et quelques gouttes de sang perlèrent car l’acier enfoncé lui avait percé la peau. Ishtireg chercha à s’esquiver mais l’autre assassin lui envoya un coup au visage du pommeau de son épée. Le prince tomba et lâcha son arme. Le sang coulant de son arcade sourcilière l’aveuglait à moitié et, alors qu’il était sur le dos, sans défense, celui qu’il avait blessé vint poser le pied sur son torse pour l’empêcher de se relever. « Regarde le gigoter, railla celui qui le maintenait au sol. — Finissons-en maintenant. — Il m’a blessé, il mérite de souffrir. Alors, petite ordure, où est ton démon ? Thénos, ton dieu, ne te viens pas en aide ? » Pour la première fois de sa vie, une haine ardente enflamma le cœur d’Ishtireg. Il avait toujours fait ce qu’on lui disait, assisté à chaque office religieux dans le temple de Rin, prié chaque jour son dieu comme il l’était demandé dans les textes et il allait mourir. C’était tellement injuste et son dieu, le dieu qu’il avait aimé chaque jour de son existence, ne lui venait même pas en aide, ni pour la prophétie, ni pour maintenant. Les textes disaient que Rin portait secours à ceux qui l’aimaient mais où était-il à cet instant ? Il vit l’épée se lever mais ne chercha pas à se débattre, son regard brûlant de fureur restant rivé sur l’homme qui allait le tuer. Mais l’assassin suspendit son geste et poussa un hurlement glaçant. Une silhouette s’était dressée derrière lui et avait planté ses crocs dans sa gorge dénudée, arrachant des morceaux de chair et mettant l’os à nu. Le sang jaillit à gros bouillon et la pression qui s’exerçait sur le torse d’Ishtireg disparut. Tout aussi affolé que ses ennemis, il rampa dans la neige pour saisir son épée alors que les hurlements du second soldat transperçaient le silence hivernal. Il se retourna, l’épée pour seul rempart face à l’horreur, le cœur battant si vite qu’il l’aurait cru sur le point d’exploser. L’autre guerrier avait été démembré. Son souffle lui échappa alors que la nausée montait en lui. Guidé par une terreur primitive, il dressa son arme vers ce nouveau danger qui le menaçait mais la créature se contentait de le fixer sans esquisser un seul geste menaçant en sa direction. Pourtant, il ne représentait pas plus de danger pour lui que n’avait été les deux hommes. Il aurait pu le tuer en un instant. Pourquoi cette hésitation ? Ishtireg remarqua ses yeux jaunes comme ceux d’un serpent et, alors, il comprit. « Virgile ? C’est toi, n’est ce pas ? Tu ne m’as pas abandonné ? » Son apparence était différente. Il avait la taille d’un adulte, des ailes de cuir noir, des griffes et des crocs acérés, la peau couverte de marques noires comme des tatouages, mais c’était lui. Sous le sang, l’éclat de ses cheveux gris brillait encore. Ishtireg fut saisi d’un intense soulagement et fondit en larmes en même temps. Lâchant son épée, il se jeta dans les bras de Virgile et le démon le serra contre lui pour le rassurer. Comme n’importe quel enfant, le prince était incapable de retenir ses sanglots et ses hoquets. « Un démon n’abandonne pas son maître. Je t’ai surveillé durant tout ce temps. Je pensais que ce vieil homme pourrait te protéger mais… il était plus faible que je ne le croyais. — Undrath ! s’écria Ishtireg. » Il relâcha Virgile et se précipita auprès de son maître d’arme, allongé dans la neige. Le sang s’échappait de sa blessure mais, alors qu’il s’agenouillait à côté de lui, ses paupières s’entrouvrirent et il perçut le léger mouvement qui animait sa poitrine. Ishtireg n’avait jamais porté Undrath dans son cœur mais celui-ci l’avait protégé malgré son antipathie et il en avait payé le prix. L’idée que son professeur puisse mourir l’épouvanta et lui fit verser quelques larmes de plus. « Un prince ne pleure pas, le réprimanda le maître d’arme, bien que sa voix fut moins forte qu’à l’habitude. — La blessure causée par la flèche est bénigne mais la lame a touché des organes vitaux, commenta Virgile avec l’expertise de l’assassin. Un prêtre de Rin pourrait le soigner mais il sera mort avant que les secours arrivent. Surtout avec ce froid. — Je ne pensais pas dire cela un jour mais ce démon à raison… Avec mon cheval, vous pourriez rejoindre la ville… » Ishtireg, qui avait entre-temps séché ses larmes, se leva, furieux. « Je ne vais pas vous abandonner ! Ce serait indigne d’un prince ! Virgile, je veux que tu emmènes Undrath avec toi. J’attendrai que tu reviennes pour me chercher. — C’est irraisonnable… protesta le maître d’arme en toussant. — Ce froid te tuera avant que je revienne. Ta protection passe avant la vie d’un autre homme. — Et mes ordres devraient prévaloir sur tout le reste, Virgile. Si tu as un autre moyen de sauver Undrath, fais-le maintenant, sinon pars sur le champ. » Virgile fronça des sourcils et ses lèvres prirent un plis de mécontentement. « Je ne suis pas guérisseur. Mais si tu pries Thénos, alors… — Je ne veux plus entendre parler des dieux ! Ils ne sont jamais là quand on a besoin d’eux ! » Surpris par la violence de la réplique, Virgile sombra dans le silence. Il considéra tour à tour Ishtireg et Undrath, qui se déversait de son sang, puis se détourna pour aller chercher le cheval. Une fois revenu, le démon marqua une brève pause. Ses ailes noires rentrèrent dans son dos avec un affreux craquement d’os et de chair mais aucune douleur ne se manifesta sur son visage. Puis, tout en jetant un regard noir à Ishtireg, il se pencha pour forcer le maître d’arme à se relever et l’aida à monter à cheval. « Si tu meurs… Je trouverai leurs chefs, jura Virgile en faisant un signe de tête vers les cadavres. Je les tuerai tous, eux et leur famille. — De toute manière, tu songeais à le faire même si je vis. — Qu’y puis-je… Je ne suis qu’un démon. » Virgile se hissa derrière Undrath et donna un violent coup de talon au cheval pour le forcer à s’engager sur la piste au galop. Il ne se retourna pas. Ishtireg, resté seul avec les morts, marcha un instant dans la neige comme une âme en peine, puis commença à ramasser des morceaux de bois. Il dégagea un endroit du sol avec la pointe de son épée et fit un petit tas. Undrath lui avait appris à allumer un feu mais il doutait que les faibles flammes parviennent à combattre le froid qui l’engourdissait de nouveau. Et alors qu’il considérait le feu d’un air absent, il se demanda si Thénos l’aurait aidé, comme Virgile avait tenté de le dire, alors que Rin lui-même l’avait abandonné.
Un cri fendit la torpeur nocturne du palais. Ishtireg, en sueur et désorienté, s’était redressé dans le lit. Le cœur battant, il jeta un regard éperdu autour de lui et s’agrippa aux couvertures emmêlées. Il lui fallut un instant pour reconnaître sa chambre et sa mère, en compagnie d’un guérisseur, qui se penchait au dessus de lui pour le rassurer. Les longs cheveux charbons d’Eshtaria pendaient librement sur sa houppelande et la fatigue avait creusé ses traits. Elle porta une main tiède au front d’Ishtireg et l’obligea à s’allonger de nouveau. Elle adressa un regard inquiet au guérisseur, qui se contenta de saisir un verre et de l’approcher des lèvres du prince. Le garçon détourna la tête en sentant l’odeur vinaigrée lui emplir les narines. Il avait le front dans un étau et sa gorge le brûlait atrocement mais avaler une telle mixture lui causa des haut-le-cœur. « Laissez-nous, ordonna Eshtaria tout en récupérant le verre. » Le guérisseur s’inclina sans un mot et quitta la chambre. Eshtaria s’installa dans le fauteuil qui avait été poussé juste à côté du lit et prit la main d’Ishtireg. Les doigts de l’enfant étaient aussi fins que les siens mais déjà les mois d’entraînement avec Undrath avait commencé à le rendre plus fort. Bientôt, il perdrait son allure délicate pour devenir un guerrier, comme son père. Eshtaria ne sut pourquoi mais cette idée lui causa un sentiment d’angoisse. « Undrath, murmura Ishtireg qui retrouvait peu à peu ses esprits. — Tu as été très courageux. Je suis si fière de toi. Sire Undrath se porte bien. Il s’est passé beaucoup de chose pendant que tu dormais. » Ishtireg ferma brièvement ses yeux qui le brûlaient. Il se rappelait de son attente dans la neige, du froid mordant qui lui raidissait chaque parcelle du corps et du feu qui commençait à mourir parce qu’il n’avait plus de bois pour l’alimenter et pas assez de force pour aller en chercher. Il ne se rappelait pas de son retour au palais. Sans doute avait-il perdu connaissance. « Les traîtres ont été démasqués et exécutés, poursuivit Eshtaria. Je ne parviens pas à croire que des nobles aient pu conspirer contre leur prince. Le grand prêtre de Rin a fait part de sa profonde tristesse face aux exactions de ces personnes. — Il ment… C’est cette prophétie… C’est lui qui est derrière tout ça… — Ne dis pas ça ! Il est venu te bénir, alors que tu luttais contre la mort. Ton père aimerait que tu te rendes au temple pour le remercier, dès que tu iras mieux. — Non. — Quoi ? Que viens-tu de dire ? — Quand ces hommes allaient me tuer, Rin n’est jamais venu à mon secours. Les seuls qui me sont venus en aide sont Undrath et Virgile. J’ai prié Rin plus que n’importe qui dans ce palais et il ne m’aime pas. Je ne le prierai plus. » Les lèvres d’Eshtaria tremblèrent de colère et de crainte à la fois. Elle ne reconnaissait plus son fils. Etait-ce à cause de cette expérience traumatisante ? Si elle ne l’avait pas profondément aimé, elle l’aurait sans doute giflé de toutes ses forces pour oser parler ainsi du dieu des dieux. « Ne t’est-il pas venu à l’esprit que Rin t’envoyait une épreuve ? tenta la reine, espérant ramener son fils à la raison. — Quand Undrath se mourrait, quand ces deux hommes voulaient m’empaler sur leur épée, cela n’avait rien à voir avec une épreuve divine. Nous serions morts, si Virgile n’avait pas été là. Les démons sont peut-être maléfiques mais ils connaissent l’honneur et protégent leur maître jusqu’à la mort. Il me protégera. As-tu vu les corps des hommes tués par Virgile ? — Non, souffla Eshtaria dont la colère était supplantée par un malaise grandissant. Mais on m’a dit qu’ils étaient atrocement… » Elle ne termina pas sa phrase et se leva du fauteuil. « Ce que tu cherches à me dire, c’est que Virgile sera un meilleur protecteur que n’importe lequel de nos gardes, n’est ce pas ? — Où est Virgile ? — Il n’a pas quitté le palais après avoir amené Undrath. Nous avons fait venir plusieurs prêtres de Rin, dans l’espoir de le bannir dans les enfers ou de le tuer mais il semble plus puissant que ce qu’ils croyaient. Lorsqu’ils l’ont capturé, il avait tout d’un jeune démon aux pouvoirs à peine développés mais à présent ils pensent qu’ils ont été abusés. — Dis leur d’arrêter, s’il te plait. Il n’y a qu’en Undrath et lui que j’ai confiance. » Ishtireg se sentit écrasé par le poids de la fatigue. Eshtaria ne lui répondit pas, partagée entre le désir de savoir son fils en sécurité et celui de voir la mort de cet horrible démon. Elle se pencha au dessus de lui, déposa un baiser sur son front et s’en alla. |
|  | | Shyn Takaba Akihito~Uke Rebelle

 Inscrit le : 30 Mar 2008 Messages : 775 Localisation : sous les draps avec Asami. (en phase délire. XD)
| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Mer 4 Juin - 6:03 | |
| Oh !! Je viens seulement de voir que tu avais posté ton roman dans le forum. Donc je vais de ce pas aller le lire !
Par contre j'ai déjà un piti souci de prononciation pour un nom : Ishtireg, ça ce prononce comment phonétiquement ?  Et pour Iarleth, on prononce le i ? ^^
Euh, voilà, comme je n'ai pas encore lu une phrase (seulement survolé pour voir les noms), je ne peux pas faire d'autres commentaires. Mais ça viendra. ^_-
Alors si j'ai bien compris, cette nouvelle présente l'un des personnages de ton roman. Il n'y a donc pas besoin d'avoir de résumé pour en connaître la trame ? Bref, je vais voir ça de suite. ^^ A bientôt ! XD  _________________
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|  | | Roshieru Team

Inscrit le : 05 Fév 2008 Messages : 359
| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Mer 4 Juin - 21:01 | |
| | Citation: | Par contre j'ai déjà un piti souci de prononciation pour un nom : Ishtireg, ça ce prononce comment phonétiquement ? Et pour Iarleth, on prononce le i ? ^^ |
Ichetirègue (non je ne pouvais pas faire plus simple). Pour Iarleth, c'est Iarless (tous les th se prononce comme un ss à peu près).
Dans l'ensemble, j'ai choisi des noms avec des sh ou des th pour les personnages (qui sont quasiment tous des hommes dragons), donc il suffit d'appliquer la même règle. Comme ces créatures ont un aspect reptilien, je trouve que la consonance de leur nom rappelle les sifflements d'un serpent. Mais en même temps, j'ai cherché une transcription exotique.
Par contre, pour les elfes comme Lam (Iarleth est à part car "adopté"), je me bagarre toujours. Je cherche des noms à consonance asiatique mais je ne veux pas que ça ait du sens en japonais, en chinois ou en coréen (etc). Donc j'ai mis les premiers termes qui me venaient à l'esprit et j'uniformiserai par la suite XD
| Citation: | | Euh, voilà, comme je n'ai pas encore lu une phrase (seulement survolé pour voir les noms), je ne peux pas faire d'autres commentaires. Mais ça viendra. ^_- |
*regarde fixement*
| Citation: | | Alors si j'ai bien compris, cette nouvelle présente l'un des personnages de ton roman. Il n'y a donc pas besoin d'avoir de résumé pour en connaître la trame ? |
Non, car les événements racontés n'ont quasiment aucun rapport avec les romans (à part le fait qu'Ishtireg soit un vampire au début de l'histoire mais c'est expliqué ailleurs). Et en même temps, c'est très difficile à résumer, alors tant mieux.
Rien à voir mais j'ai eu mon semestre avec 12,7 de moyenne XD (et j'ai foiré un truc sans importance dans mon rattrapage d'aujourd'hui, ce qui a manqué de me faire sombrer dans la dépression et l'alcool) |
|  | | Shyn Takaba Akihito~Uke Rebelle

 Inscrit le : 30 Mar 2008 Messages : 775 Localisation : sous les draps avec Asami. (en phase délire. XD)
| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Jeu 5 Juin - 1:51 | |
| | Citation: | | Ichetirègue (non je ne pouvais pas faire plus simple). |
Je vois ça ! XD Et bien c'est comme toutes choses, on s'y habituera. Moi aussi j'adorais inventer des noms bien compliqués et presque impossible à prononcer, j'ai même fait pire que toi. ^^'' Mais c'est peut-être une forme de sadisme de notre part à l'encontre des lecteurs, va savoir... Hé hé ! (je plaisante ^_- )
| Citation: | | Comme ces créatures ont un aspect reptilien, je trouve que la consonance de leur nom rappelle les sifflements d'un serpent. |
Effectivement, maintenant que je sais que ce sont des hommes dragons, l'idée de la consonance des noms est excellente, on comprend mieux ton choix. ^_- Comme quoi de donner des détails a son importance. ^^
| Citation: | | Shyn a écrit: | | Euh, voilà, comme je n'ai pas encore lu une phrase (seulement survolé pour voir les noms), je ne peux pas faire d'autres commentaires. Mais ça viendra. ^_- |
*regarde fixement* |
D'un coup je me sens surveillée.... C'est bizarre comme impression.... XD
| Citation: | | Rien à voir mais j'ai eu mon semestre avec 12,7 de moyenne XD (et j'ai foiré un truc sans importance dans mon rattrapage d'aujourd'hui, ce qui a manqué de me faire sombrer dans la dépression et l'alcool) |
Non non !!! >< Oublie l'alcool, tu sais bien que tu es comme Akihito, tu fais plein de bêtises après ! Même si c'est amusant, mdr ! XD Et puis si tu précises que tu as foiré un truc sans importance, ça ne vaut pas le coup de sombrer dans l'alcoolisme. ^^ Pense à tes fans qui attendent, la langue pendante, la suite de tes oeuvres... Alors va dire à ta mère qu'elle planque les bouteilles ! ><
Bon je vais lire ta nouvelle ! ^^ Bye bye !
EDIT :
J'ai fini la lecture. ^^
Euh, Rosie, c'est quoi ce que tu viens de me faire, là ?... T'as pas honte ? Et tu penses sérieusement que je vais te laisser me torturer ?!! ><
| Spoiler: | | | >< La suite ! Je veux la suite ! >< |
Bon, trêve de plaisanterie... Ca faisait longtemps que je n'avais pas lu un bon bouquin (oui, je dis bien un bon bouquin ! ^^). J'ai été littéralement plongée, hypnotisée et noyée dans l'univers de ta nouvelle. Et je vais même te faire un aveu : depuis quelque temps je ne suis plus vraiment passionnée par les histoires d'héroïque fantasy et tout ce qui s'en approche. Mais là, je n'ai pas pu me décrocher de ton histoire - ce qui veut tout dire - donc, bravo !! ^^
Par contre, et ce qui est normal vu du fait qu'on ne connaît pas les noms et que l'on n’y est pas habitué, c’est qu'on mélange un peu les noms des différents royaumes qui peuplent ton univers. ^^ (je ne sais plus si tu as donné un nom bien précis à cet univers. ^^') En fait il faudrait que les lecteurs marquent sur un papier de quel royaume proviennent tels ou tels personnages pour mieux s'y retrouver. (Je le dis mais, je ne l'ai pas fait…>< Flemmardise quand tu nous tient…^^'') Mais je suis sûre qu'au fil de la lecture de ton roman, on finirait par ne plus se poser la question ; c'est juste une question d'adaptation. ^^
| Citation: | | Tu sais, les hommes humains ont tendance à traiter les femmes comme des inférieures. Par exemple, elles ne peuvent avoir qu’un seul mari mais eux s’autorisent des aventures au nom de leur virilité. » | Tss ! Tu m’étonnes ! >< <--- (la féministe en herbe qui parle… ^^')
| Citation: | | Le mariage existait chez les hommes dragons mais hommes comme femmes avaient souvent des aventures avec les personnes de leur goût. Personne ne les en aurait blâmé. C’était aussi naturel que de manger. |
Ouh là ! si cela se produisait réellement chez les humains, ça risquerait d’être l’anarchie… Ou l’orgie, selon... XD ^^''
Bref, j'ai vraiment aimé, adoré, et il me tarde que tu mettes la suite. ^^ Les détails sont excellents, on est plongé dans le décor. Quant à l'aspect physique des personnages c'est, Waouu ! (non, je n'ai pas d'autres mots pour l'exprimer ^^). Et cette petite mise en bouche me donne vraiment envie de connaître et de lire la totalité de ton roman ! Mais comme je sais que ce ne sera pas demain la veille que ça arrivera... bref, je suis dégoûtée, démoralisée et j'ai les nerfs ! >< Voilà ! Grrrr
Je te hais ! ><
Non non, je t'adore ! ^^ Mais je veux la suite ! Au moins de cette nouvelle ! ><Sinon je ne te parle plus, na ! _________________
 ... |
|  | | Ilada Yuki Konoe~Uke Timide
 Age : 34 Inscrit le : 12 Mai 2008 Messages : 101 Localisation : Loiret (45)
| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Jeu 5 Juin - 14:09 | |
| Bon bahh, vu le message de Shyn je n'ai plus qu'a lire...
*Cours préparer l'impression car serra pas devant son ordinateur les trois prochain jours*
je vais encore accumulé du retard *soupir*
*avec entrain* Mais j'adore lire Roshieru, *déterminée* alors je vais travailler dur...
Pour lire, car pour la critique mon discours n'est jamais bien clair et pas forcement cohérent... et là même le travail ne paye pas *triste mais réaliste*, alors ça vaudra ce que ça vaudra *car elle donne quand même son avis, même si c'est pour critiqué des biens meilleurs qu'elle* niark, niark , *elle sait c'est de l'orgueil, elle est comme ça*
Donc a+
PS c'est la première fois que je n'ouvre pas un Spoiler *toute émue*... |
|  | | Roshieru Team

Inscrit le : 05 Fév 2008 Messages : 359
| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Jeu 5 Juin - 16:15 | |
| | Citation: | | Euh, Rosie, c'est quoi ce que tu viens de me faire, là ?... T'as pas honte ? Et tu penses sérieusement que je vais te laisser me torturer ?!! >< |
| Citation: | | Et je vais même te faire un aveu : depuis quelque temps je ne suis plus vraiment passionnée par les histoires d'héroïque fantasy et tout ce qui s'en approche. Mais là, je n'ai pas pu me décrocher de ton histoire - ce qui veut tout dire - donc, bravo !! ^^ |
Je ne sais pas si je fais mieux que les autres car je n'en lis tout simplement plus, à part Pratchett et Robert Ervin Howard, ainsi que Guin Saga car j'apprécie le héros même si l'histoire est un peu simpliste et les 12 royaumes, qui par contre est très agréable à suivre avec son univers purement asiatique (Lodoss est une merde). Et puis, j'essaye d'écrire ce qui me plait, pas ce que les autres veulent (c'est pour ça que j'ai gardé les elfes dans l'histoire alors que des tas de gens ne peuvent plus les voir en peinture).
| Citation: | Effectivement, maintenant que je sais que ce sont des hommes dragons, l'idée de la consonance des noms est excellente, on comprend mieux ton choix. ^_- Comme quoi de donner des détails a son importance. ^^ |
Il y a aussi Nordrodorlyft qui provient... du vieil anglais (comme un autre terme, Wulfcniht, "chevalier loup", mais qui n'apparaîtra pas dans l'histoire). Nordrodor signifie northern sky et lyft (aussi orthographié lift) a aussi rapport avec le ciel. Je précise que je n'étudie pas le vieil anglais, j'ai simplement bricolé des termes grâce à ce dictionnaire. J'aurai pu choisir une autre langue germanique mais comme je comprends un minimum l'anglais, c'est plus simple que de chercher dans un dico de norrois. Les peuples humains de la Sacsa sont "civilisés" (c'est un peu les romains du coin) tandis que le peuple du Nordrodorlyft est considéré comme barbare (ce sont mes Klingons... hem XD).
| Citation: | Par contre, et ce qui est normal vu du fait qu'on ne connaît pas les noms et que l'on n’y est pas habitué, c’est qu'on mélange un peu les noms des différents royaumes qui peuplent ton univers. ^^ (je ne sais plus si tu as donné un nom bien précis à cet univers. ^^') En fait il faudrait que les lecteurs marquent sur un papier de quel royaume proviennent tels ou tels personnages pour mieux s'y retrouver. (Je le dis mais, je ne l'ai pas fait…>< Flemmardise quand tu nous tient…^^'') Mais je suis sûre qu'au fil de la lecture de ton roman, on finirait par ne plus se poser la question ; c'est juste une question d'adaptation. ^^ |
En fait, y a une carte Mais elle est pas terminée. Le point noir, c'est là où se passe la nouvelle.
| Spoiler: | | |  |
| Citation: | | Ouh là ! si cela se produisait réellement chez les humains, ça risquerait d’être l’anarchie… Ou l’orgie, selon... XD ^^'' |
Ou l'échangisme XD
Sinon, bon courage Ilada *va se cacher* |
|  | | Lapha Yuki Konoe~Uke Timide

 Age : 19 Inscrit le : 12 Avr 2008 Messages : 206 Localisation : le 76 /&/ 53
| |  | | Roshieru Team

Inscrit le : 05 Fév 2008 Messages : 359
| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Jeu 5 Juin - 20:52 | |
| Je ferai de mon mieux pour que la suite arrive dans un délais raisonnable (maintenant que je suis en vacances) mais je privilégie toujours la qualité à la rapidité XD
Shyn, tu es décédée du msn ? é_è |
|  | | Shyn Takaba Akihito~Uke Rebelle

 Inscrit le : 30 Mar 2008 Messages : 775 Localisation : sous les draps avec Asami. (en phase délire. XD)
| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Ven 6 Juin - 2:26 | |
| | Roshieru a écrit: | | Shyn, tu es décédée du msn ? é_è |
Non, non, Je suis vivante !!! Mais je voulais à tout prix finir cette saloperie de chapitre qui me prend la tête, alors j'avais les doigts scotchés au clavier. ^^''' En plus ma vie nocturne est pitoyable *soupir*... Mais demain je compte passer une énième nuit blanche pour revoir le soleil. ^^' Et c'est aussi pour ça que je vais déménager au mois de septembre : pour avoir MA chambre et dormir la nuit comme tout le monde ! Parce que y'en a marre des ronflements de l'autre !! Hem ! ^^' (Conseil d'une amie : ne pas prendre de mecs qui ronflent, ou ayez votre propre chambre... ^^''') Voilà mon big problème depuis des années... ^^''''
Donc effectivement tu ne peux pas souvent m'avoir sur msn... ç_ç Par exemple depuis cinq jours je me couche vers les midi 13h, snif... C'est n'importe quoi, je sais, mais j'ai pas le choix !
Par contre demain je serai là ! ^^ (crevée, mais là quand même. ^_^) Et puis c'est vrai que je ne me mets pas souvent en ligne... ç_ç. Même si je me mets en occupée ou en abscence, on vient me voir... ^^' Et pi, je ne veux pas non plus trop te déranger, alors lorsque je te vois, je n'ose pas m'incruster... =^^= Pourtant ce n'est l'envie qui me manque, car tu es adorable et super drôle, surtout après ton apéro, hi ! ^^ (oui, je spoile sur toi ! XD) Mais je vous rassure, fans de Rosie, elle n'est pas alcoolique, hein ! (du moins, pas encore... ) Je t'avais dit que tu ne perdrais rien pour attendre ! (private joke) ^^ Et la prochaine fois que tu me fais un coup pareil sur (tu vois de quoi je veux parler ^_-), je mets ta photo sur le forum !!! Niark !
| Citation: | En fait, y a une carte Mais elle est pas terminée. Le point noir, c'est là où se passe la nouvelle. |
C'est génial que tu y aies pensé !!! De cette façon on peut mieux visualiser le déroulement de l'histoire et la position des autres royaumes par rapport à celui de Phel'jyr. En plus elle est super belle ! O O C'est toi qui l'a dessinée avec tes petites mains ? Et ce que j'aime le plus ce sont les petits îlots de l'archipel d'Ebane, ça le fait ! XD Et j'aime aussi le grain du papier et la couleur !! Bon, je te la pique ! Mais n'oublie pas de la terminer, je veux voir tous les royaumes inscrits dessus. XD (Euh, prends ton temps quand même. ^^') ^_-
| Citation: | | Je ferai de mon mieux pour que la suite arrive dans un délais raisonnable (maintenant que je suis en vacances) mais je privilégie toujours la qualité à la rapidité XD |
C'est ce qu'on appelle un bon auteur ! Moi je préfère attendre que tu finisses tranquilement tes chapitres pour avoir de quoi me régaller, et je ne suis jamais déçue ! Mais ce qui ne veux pas dire que je ne me tape pas la tête d'impatiente contre les murs ! ^^' aaaah.... *soupir d'exlatation* Merci d'exister... ^_^
Bon, la suite maintenant ! ><mdr ! ^_- _________________
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|  | | Roshieru Team

Inscrit le : 05 Fév 2008 Messages : 359
| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Ven 6 Juin - 11:03 | |
| En fait, Phel'jyr est dans l'archipel d'Ebane (j'aurai du le préciser >o<). Mais quand Ishtireg est enfant, il est là où y a le point noir.
| Citation: | | En plus elle est super belle ! O O C'est toi qui l'a dessinée avec tes petites mains ? |
Oui, je l'ai fait avec la tablette graphique et photoshop. |
|  | | Roshieru Team

Inscrit le : 05 Fév 2008 Messages : 359
| Sujet: Re: [nouvelle] Un amour empoisonné Dim 8 Juin - 12:21 | |
| Donc, voilà la suite (mais pas la fin) :
Bien heureux d’être au chaud, Ishtireg considérait d’un œil hostile la neige qui tombait au dehors. Eguth, couché à ses côtés, ronronnait tandis qu’il lissait son poil des doigts. Bientôt, il serait totalement rétabli. Cet instant lui tardait. La porte de la chambre s’ouvrit mais Ishtireg ne se tourna pas pour accueillir son visiteur. Percevant la crispation des muscles d’Eguth, il devina que l’intrus n’était ni sa mère, ni un serviteur, ni même l’un de ces fichus prêtres venus l’assurer du soutien inconditionnel de Rin. « Tu ne passes plus par la fenêtre, Virgile ? — Je n’ai pas à entrer tel un voleur dans la chambre de mon maître. » Ishtireg se tourna enfin pour examiner Virgile. Le démon avait conservé l’apparence dans laquelle il l’avait vu pour la dernière fois. Un tatouage noir descendait en entrelacs de son arcade sourcilière gauche à sa mâchoire. Il portait l’une de ces longues tuniques descendant jusqu’à mi-cuisse qu’affectionnaient les nobles de la cour et un pantalon en cuir qui le distinguait pourtant du raffinement de ces derniers. Ses manches s’arrêtant à ses poignets, les autres symboles cabalistiques qu’il arborait aux bras étaient en partis visibles. Ses cheveux argentés et noirs étaient attachés par une simple corde rouge et ses yeux dorés brillaient d’amusement. « Est-ce ta véritable apparence ou encore une illusion ? demanda Ishtireg avec un soupçon de contrariété. — C’est ce que je suis réellement mais je peux redevenir un enfant si cela te déplait. » Virgile s’approcha et alla s’asseoir au bord du lit, tournant à moitié le dos à Ishtireg. « La reine est intelligente. Elle a prétendu qu’un démon qui se soumet à un être aussi pur qu’un enfant ne peut que chercher une |
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